La surpêche en mer Méditerranée

Mediterranean fish

Mediterranean fish – © Greenpeace/Alessandro Giani

Les eaux bleues de la Méditerranée sont pour nous tous la représentation emblématique du paradis marin qui a nourri les civilisations riveraines pendant des millénaires.

Et pourtant, avec 96% de ses stocks en état de surexploitation et ses eaux dégradées par la pollution, la navigation et le tourisme de masse[1][2], la Méditerranée est en crise. Les espèces de requins endémiques y sont menacées d’extinction[3] et la pêche pirate est généralisée, souvent en lien avec le crime organisé[4]. 

Les Européens du Sud la nomment mare nostrum (notre mer), soulignant à quel point elle est l’incarnation d’une identité culturelle. Mais l’identification à cette mer est menacée ; que signifierait une mer vide de poissons pour les peuples riverains ?

Les ministres des Pêches des États méditerranéens ont enfin pris la mesure de la menace. Le 30 mars 2017, ils ont signé un accord visant à sauver les pêcheries méditerranéennes et le texte a été paraphé par le Commissaire européen des affaires maritimes et de la pêche Karmenu Vella qui a déclaré :

« Aujourd’hui, nous écrivons l’histoire. En signant ici, à Malte, la déclaration MedFish4Ever, nous affirmons notre volonté politique d’agir concrètement sur les pêcheries et les autres activités qui ont un impact sur les ressources halieutiques, sur l’économie bleue, sur l’insertion sociale et la solidarité entre les rives nord et sud de la Méditerranée.»

La déclaration MedFish4Ever est une bonne nouvelle. Cependant, Our Fish estime qu’elle n’est pas suffisante pour remédier à la situation ; elle apparaît plutôt comme un « plan de développement de plans » à l’horizon 2020. Si la communauté scientifique estime qu’il est encore possible de renverser la tendance[5], elle n’en souligne pas moins qu’il faut pour cela que les gouvernements des États riverains agissent rapidement et de manière significative.

Alors qu’il est évident qu’il va falloir changer de pratiques, les acteurs majeurs des pêcheries méditerranéennes résistent à toutes mesures sérieuses au point de convaincre les gouvernements européens que la gestion durable des pêches ne constitue pas une priorité. Ils ont tort[6] ; il est nécessaire de mettre en place une coopération étendue sur le plan géographique et massive en termes de contenu entre les États-membres et l’Union européenne pour sauver les pêcheries méditerranéennes et les communautés côtières qui en dépendent. Or, la réalité est tout autre : Les actions menées par les États membres sont loin d’être suffisamment ambitieuses pour insuffler le changement nécessaire.

Our Fish estime qu’il est temps de dire la vérité sur la Méditerranée et d’exiger des actions significatives et cohérentes, bien au delà de la signature d’accords.

Our Ocean

En octobre 2017, le Commissaire Karmenu Vella présidera à Malte la conférence Our Oceans et il compte bien tirer les marrons du feu, à la fois en termes de félicitations et de soutiens internationaux. Pour cela, il va resserrer les discussions sur deux thèmes : la gouvernance des océans et la pollution par les matières plastiques. Le choix de Malte pour la tenue de la conférence n’est pas neutre : cette île focalise à elle seule les fléaux qui frappent la Méditerranée et elle constitue la dénonciation la plus flagrante du pire échec de l’UE dans la mise en œuvre des piliers de la Politique commune des pêches (PCP) et l’éradication de la surpêche.

Lors de cette conférence, nous voulons que les pays européens leaders de la pêche en Méditerranée s’engagent sur des actions de préservation dès 2018.

Que doit-on faire dès 2018 ?

À défaut d’actions énergiques et immédiates, la Méditerranée risque de franchir un point de non-retour au-delà duquel elle ne serait plus la source de sécurité alimentaire qu’elle a toujours été et ne pourrait plus garantir des revenus durables au secteur de la pêche[7].

Nous appelons donc les États méditerranéens à mettre en œuvre les mesures suivantes d’ici à 2018 :

  1. METTRE UN TERME A LA PÊCHE PIRATE

Les États riverains doivent intensifier l’application de la réglementation en mer et au port pour éradiquer la pêche illégale et en premier lieu veiller à ce que les armements responsables ne bénéficient d’aucune subvention. En savoir plus.

  1. METTRE EN PLACE DES LIMITES DE CAPTURE COHÉRENTES

La pêche des espèces commerciales doit être encadrée par des limites de captures basées sur les meilleurs avis scientifiques, quitte à mettre en place des mesures d’urgence pour les stocks les plus endommagés. L’accès à la ressource doit être fixé de manière équitable, tout en privilégiant les techniques de pêche qui ont le moins d’impacts sur l’environnement et offrant les bénéfices économiques et sociaux les plus substantiels. En savoir plus.

  1. PROTÉGER LES HABITATS : PLUS IL Y AURA D’ALEVINS, PLUS IL Y AURA DE POISSONS ADULTES ;

Il est nécessaire de créer un réseau de zones dans lesquelles les activités de pêche seront restreintes pour protéger les habitats les plus vulnérables que sont les zones de ponte et de nourrissage des juvéniles et pour permettre aux stocks de se redresser rapidement. En savoir plus.

  1. AJUSTER LA CAPACITÉ DES FLOTTES DE PÊCHE A LA RÉALITÉ DES STOCKS

Le chalutage de fond est la technique la plus répandue en Méditerranée, mais c’est aussi la plus destructrice pour les fonds marins. Il y a trop de bateaux pour le volume de captures disponible. Il faut mieux utiliser les fonds que l’Europe met à disposition pour détruire les bateaux ayant des impacts importants sur l’environnement et réduire la capacité des flottes. En savoir plus.

[1] http://medtrends.org/medtrends

[2] Suaria, G et al (2016), The Mediterranean Plastic Soup: synthetic polymers in Mediterranean surface waters. Scientific Reports 6, Article number: 37551

[3] Dulvy, N.K., Allen, D.J., Ralph, G.M. and Walls, R.H.L. (2016). The conservation status of Sharks, Rays and Chimaeras in the Mediterranean Sea [Brochure]. IUCN, Malaga, Spain.

[4] Phelps Bondaroff, Teale N., Reitano, Tuesday and van der Werf, Wietse (2015).The Illegal Fishing and Organized Crime Nexus: Illegal Fishing as Transnational Organized Crime.” The Global Initiative Against Transnational Organized Crime and The Black Fish.

[5] http://ec.europa.eu/fisheries/high-level-seminar-state-stocks-mediterranean-and-cfp-approach_en

[6] ibid.

[7] Chiara Piroddi, Marta Coll, Camino Liquete, Diego Macias, Krista Greer, Joe Buszowski, Jeroen Steenbeek, Roberto Danovaro & Villy Christensen (2017), Historical changes of the Mediterranean Sea ecosystem: modelling the role and impact of primary productivity and fisheries changes over time. Scientific RepoRts | 7:44491 | DOI: 10.1038/srep44491

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